Le manque d’infrastructures pour les cyclistes en milieu urbain et de politiques urbaines adaptées au vélo se fait cruellement sentir. Cycliste des villes et des champs, j’ai consacré plus de temps à documenter mes expériences de voyage à vélo hors des villes que mes incursions en milieu urbain. Et pourtant, la ville est mon aire d’évolution quotidienne et à l’année puisque, comme de nombreux cyclistes, je réside en centre-ville pour le travail.

Avec l’accroissement du nombre de cyclistes dans les villes du fait de la popularité croissante de notre bien-aimée petite reine, un enjeu est devenu de plus en plus central ces dernières années qui concerne la lutte pour l’occupation des routes entre les cyclistes, les automobilistes, les conducteurs de taxi, les routiers et même les piétons. Ce combat à mort pour l’espace a entraîné chaque année son lot d’accidents dont certains à l’issue dramatique pour les cyclistes évoluant dans ce terrain miné sans protections.

Malheureusement, les conséquences des collisions entre voitures et cyclistes peuvent être hélas des handicaps à vie ou des décès. Au Canada, qui est traditionnellement un pays de conducteurs de voitures, contrairement aux pays d’Europe du Nord ou à certains pays d’Europe comme le Nord de la France, l’Allemagne, la Suisse, la Belgique et le Nord de l’Italie, les accidents sont excessivement nombreux et les automobilistes peu sensibilisés aux enjeux posés par les transports doux.

C’est ainsi que, lors de mes périples urbains, j’ai tristement croisé une petite dizaine de vélos fantômes attachés à des anneaux pour vélo – ces vélos peints en blanc et disposés à l’endroit où leur propriétaire a perdu la vie – accompagnés de gerbes de fleurs dans les rues de Montréal et de Toronto :

Les accès sont dangereux et peu nombreux en dehors du Plateau (quartier bobo de l’hypercentre) :

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Depuis cet été seulement, il y a eu trois morts de cyclistes percutés par des voitures et camions à Montréal. J’ai aussi été témoin récemment d’un accident au croisement Laurier/Clark devant la brasserie du Dieu du Ciel. La victime, apparemment réchappée, gisait sur le côté, sans mouvements, renversée tel un fétu de paille par un automobiliste ayant coupé la piste cyclable par la droite en tournant au stop, alors qu’elle filait droit devant elle, inconsciente du danger, puisque la piste cyclable est bordée d’une file de voitures à droite stoppant toute visibilité.

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La cause de la rivalité entre conducteurs de véhicules et cyclistes est simple : le manque d’infrastructures dédiées aux cyclistes mises en oeuvre par les municipalités et les gouvernements qui semblent minimiser le problème et éluder toute responsabilité.

De plus en plus de municipalités, notamment européennes, prennent conscience de l’impact positif du cyclisme, aussi bien, en termes d’intégration et de mobilité (se rendre au travail, emmener ses enfants à l’école, rentrer chez soi aux heures où les transport sont rares ou à l’inverse bondés…). Le vélo permet aussi d’améliorer la qualité de l’air en réduisant l’empreinte carbone.

Il a des bénéfices également économiques, des villes comme Copenhague ayant démontré, par une banale étude des coûts et bénéfices, qu’un vélo coûte six fois moins cher qu’une voiture à entretenir pour la ville, sans compter l’impact sur la santé environnementale se chiffrant en millions d’euros, de nombreuses maladies des voies respiratoires et des cancers étant causées par la pollution de l’air au dioxyde de carbone ou l’intoxication par les métaux lourds.

Il n’y a vraiment aucune raison de s’opposer au développement du vélo dans les villes. Néanmoins, le refus de mettre en oeuvre de véritables plans d’actions, au-delà de la mise à disposition de vélos urbains, conduit à un défaut de sécurisation des accès vélo.

Parmi les principaux problèmes rencontrés, notons que :

  • Les pistes cyclables ne sont pas construites en nombre suffisant. Elles sont discontinues et placées dans des emplacements peu appropriés comme le long des aires de stationnement à voitures ou en simples bordures de grands axes routiers ou viaducs.
  • Les pistes cyclables discontinues peuvent forcer les cyclistes à emprunter des routes non sécurisées à fort traffic routier, des rues à contre-sens ou des trottoirs, favorisant ainsi le risque de collisions. Le long des aires de stationnement, elles les exposent au dooring, qui se produit lorsqu’un automobiliste ouvre brusquement sa porte donnant sur la piste cyclable sans regarder préalablement dans le rétroviseur, entraînant la chute sur la chaussée du cycliste.
  • Les marquages au sol peu accentués et invisibles à l’oeil des automobilistes, eux-mêmes peu enclins à céder aux vélos de leur part de privilège acquise par la force, particulièrement aux endroits stratégiques, sont un autre facteur à risques puisque le cycliste se croyant protégé par les limites de la piste cyclable évolue soudainement, lors de croisements et feux, dans une zone non marquée dangereuse.
  • L’absence de marquage clair donne des arguments aux groupes d’intérêts tel que les taxis et transporteurs routiers, favorisant les intimidations et les agressions.
  • Les problèmes d’accès persistent et les anneaux à vélo sont inexistants ou placés aux mauvais endroits.
  • Sans doute des problèmes d’éclairage urbain et de visibilité.
  • La vitesse des automobilistes.

Le risque fait partie de toute évolution et accompagne toute transition comme celle vers les énergies alternatives et la réduction de l’empreinte carbone. Cependant, il y a des limites. Il est inacceptable que ce risque repose sur les cyclistes et que ceux-ci soient forcés de mettre leur vie en jeu pour avoir le droit d’occuper l’espace qui leur revient. Même si de nombreux militants se disent prêts à prendre les rues car il est évident qu’il ne faut pas céder à l’odieux chantage de la force brute et de l’intimidation impulsé par certains automobilistes, il est important de protéger sa vie.

Plus il y aura de cyclistes vivants et plus il y aura de cyclistes. Il faut oser demander le risque zéro.

De nombreuses organisations se sont sensibilisées à la cause des cyclistes à temps plein. Le PNUE a récemment appelé les gouvernements à réagir et à consacrer 20% de leur budget à la construction et à l’entretien d’infrastructures pour les cyclistes.

À Copenhague, outre une sensibilisation à la culture cycliste, les feux sont alternés empêchant toute collision et les marquages au sol sont en continu de manière à ce que le risque soit impitoyablement éradiqué. Sur cette image prise à l’été 2016, on peut voir que les marquages au sol sont entièrement peints de couleur vive afin de délimiter la piste sans équivoques :

Design city ville

 

En attendant que nos politiques prennent conscience du fait que cet énactivisme ne peut durer et adoptent des politiques de concertation, j’encourage les cyclistes à porter casques, lumières, sonnettes et réflecteurs et surtout à éviter de se rendre sur les axes non sûrs tel que les grands axes routiers et boulevards urbains, les pistes cyclables non protégées ou rasées par des voitures et des camions en centre-ville et longeant des aires de stationnement sur des axes routiers très fréquentés, etc pour privilégier les parcours alternatifs. Il appartient aussi aux cyclistes d’adopter des conduites responsables mais les technologies gagneraient à être davantage façonnées par les utilisateurs.

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