Alt-Ac, les nouveaux chercheurs au service de l’information numérique

# POST 2

L’économie de l’information digitale renouvelée par des chercheurs en technologies de l’information favorisent l’émergence des savoirs en ligne

On les appelle les académiciens alternatifs ou post-académiciens (« Alt-Ac » pour « Alternative Academics » ou « Post-Ac »). Ils contribuent, par le transfert des savoirs scientifiques, au renouvellement de l’économie digitale en favorisant la circulation des textes alternatifs, de l’information et des pratiques d’apprentissage en ligne dans la société. Ce sont des chercheurs en technologies de l’information (Infocom) qui permettent, par leurs activités professionnelles et leur connaissance du monde de l’entreprise, à la production des savoirs en ligne dans des environnements d’apprentissage hybrides situés entre l’académie, l’économie et la société.

Ces alternatifs ont satisfait aux plus hautes exigences universitaires, à travers la qualité scientifique de leurs dossiers, de solides expériences d’enseignement, des publications dans des revues classées, des expériences internationales et, le plus souvent, des analyses de thèse en prise avec l’actualité et les réalités sociales, puis ont choisi de se réaliser ailleurs que dans le sérail académique.

Et s’il fallait quitter les milieux académiques pour mieux réfléchir?

De nombreux observateurs sortis du sérail ont souligné les conditions dans lesquelles travaillent les universitaires aujourd’hui : manque d’équité dans les ressources allouées à l’analyse de données et à la publication des résultats, réallocation du travail des enseignants-chercheurs qui ne consacrent plus que 11% de leur temps à la recherche, institutionnalisation des réseaux de cooptation et bureaucratisation à outrance des procédures. Cette rationalisation empêche la prise en compte  d’une diversité culturelle dans la science et l’inclusion de la créativité sociale dans des réseaux trop élitistes et opérant avec des modes de communication fermés.

Libérés des barrières académiques, ces nouveaux chercheurs nourrissent leur passion de contribuer au passage des savoirs, ailleurs et autrement, dans des environnements connexes aux espaces de savoir traditionnels, générés par les regroupements d’utilisateurs dans les collectifs et les organisations sociales ou professionnelles.

Les chercheurs notez-bien, sont, comme le souligne le site Cheeky Scientist de très bon leaders ainsi que d’excellents orateurs disposant de capacités de management de projet élevées, notamment ceux, dont je fais partie, qui ont eu la chance de réaliser leur thèse à l’international. En effet, ces derniers ont réussi à arrimer des traditions, des réseaux, des logiques nationales et des cultures très distinctes à travers un projet ambitieux de longue haleine : leur thèse. S’il est aisé de s’inscrire en première année de thèse, mener une thèse à sa soutenance est souvent un parcours du combattant pour le doctorant à qui incombe la lourde tâche de motiver ses troupes dans un contexte de haute léthargie et d’immobilisme institutionnel.

Ultra-spécialisés et dotés de compétences en technologies de niche, ils sont aussi des généralistes de la communication et de la politique, de part les expériences de recherche et d’enseignement acquises pendant leurs thèses, ils savent innover en transférant l’expertise acquise dans les réseaux d’excellence aux besoins socio-économiques des organisations (en premier lieu l’université et ensuite dans les organisations). L’aptitude à analyser finement, à étudier de manière critique, à recomposer des ensembles de données hétérogènes issues des pratiques organisationnelles et/ou numériques et à synthétiser sous forme de rapports d’étude des préconisations d’aide à la décision notamment des recommandations stratégiques, sont des compétences rares qui se révèlent utiles à bien des domaines. D’après les statistiques en effet, 9 gestionnaires sur 10 ont une image erronée de leur organisation, car ils l’interprètent à partir de leur vécu et de leur environnement social.

Pour cette raison, les pays pionniers de l’innovation, comme les Etats-Unis, la Chine, l’Australie, les pays d’Europe du Nord ou le Canada, font souvent appel aux chercheurs en sciences sociales pour réaliser des études et faire des propositions. La finesse d’analyse d’un docteur (de l’anglais « fine-grained » et non au sens dérivé!) permet aux financeurs de dépenser plus stratégiquement un budget qu’en faisant appel à des sociétés de bench marketing qui ratissent large. Même si ces entreprises se révèlent utiles pour votre communication, elles répondent à des demandes ciblées et n’ont pas les ressources humaines et matérielles pour conduire une stratégie de conseil basée sur une enquête contextualisée en vue d’offrir un suivi approfondi des besoins et de répondre à des attentes de plus en plus personnalisées.

Dans le domaine de l’information et de la communication, de nombreuses carrières sont possibles, en raison d’un besoin évident des entreprises et de la société en technologies numériques, comme, par exemple, l’ingénierie pédagogique en ligne, les laboratoires d’apprentissage hybrides, les systèmes d’édition numériques ouverts aux non-scientifiques et, dans mon cas, l’analyse des données issues des processus d’apprentissage en ligne et la gestion de projet interactif reposant sur l’usage des technologies ad hoc. La connaissance du milieu entrepreneurial permet de participer aujourd’hui, par la mise en relation d’une expertise pointue aux réalités des entreprises, à l’émergence d’une éducation en ligne hybride.

Ce billet a été originellement publié sur mon blog de recherche (octobre 2014).

Boutons de partageEmail this to someoneShare on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Reddit